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Coupe du monde de football. Un pays africain est-il proche de remporter le trophée ? La réponse de l’université américaine d’Harvard

Après la CAN au Cameroun, une nouvelle échéance va se profiler pour dix nations africaines. Les barrages (24-25 mars et 28-29 mars) pour la Coupe du monde prévue au Qatar ne réservent que cinq fauteuils à la zone Afrique à travers cinq affiches chocs : RD Congo-Maroc, Égypte-Sénégal, Cameroun-Algérie, Mali-Tunisie et Nigéria-Ghana. Pourtant, jusque-là, aucune équipe africaine n’a dépassé les quarts de finale d’un mondial. La situation a motivé des chercheurs de l’université américaine d’Harvard à consacrer une étude sur la possibilité des nations africaines de remporter une Coupe du monde.

En mars 2021, le Président de la Confédération africaine de football, Patrice Motsepe,  avait insisté sur le fait qu’une équipe africaine devait gagner la Coupe du monde dans un futur proche. Cette déclaration intervient après une sortie similaire du roi Pelé, légende de ce sport, et après celle de l’ancienne star de l’équipe nigériane Jay Jay Okocha. Pour lui, une victoire africaine en Coupe du monde était imminente. Avant lui également, la légende ghanéenne Abedi Pelé avait prédit une victoire africaine à la Coupe du monde 2010 en Afrique du Sud. Jusque-là, aucune équipe africaine n’a dépassé les quarts de finale d’un mondial. Quelle est la chance que cela se produise ? Une nation africaine est-elle proche de remporter le trophée le plus convoité de ce sport ?

Selon l’étude, malgré une augmentation du niveau de compétitivité des nations africaines, ces dernières sont encore loin du niveau des nations ayant déjà remporté la Coupe du monde. Pour arriver à ce constat, les chercheurs d’Harvard ont analysé les performances des meilleures équipes africaines entre 1970 et 1979, avant de les comparer aux performances affichées entre 2010 et 2019 (voir tableaux). Les meilleures nations africaines de football ont été identifiées sur la base des classements moyens de la FIFA au cours des 5 dernières années, y compris les pays ayant participé à la Coupe du monde dans les années 2010.

Performances des meilleures équipes africaines en Coupe du monde entre 2010 et 2019

Cette méthode a permis aux chercheurs d’Harvard de classer l’Algérie, le Cameroun, l’Égypte, le Ghana, la Côte d’Ivoire, le Maroc, le Nigeria, le Sénégal, l’Afrique du Sud et la Tunisie comme les meilleures nations africaines de football, sur la base de leurs performances.

De même, l’étude a identifié un petit échantillon des meilleurs pays du monde en sélectionnant tous les vainqueurs de la Coupe du monde depuis 2000 et les pays européens qui ont récemment atteint les demi-finales de la Coupe du monde. Ce qui a permis de classer également le Brésil, la Croatie, l’Angleterre, la France, l’Allemagne et l’Espagne.

En observant les deux tableaux, il ressort que l’indice de compétitivité des nations africaines a comblé une partie de son retard sur les meilleures nations du monde.

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Mais, malgré ce progrès, les performances des nations africaines les placent encore dans la moyenne au plan mondial en termes d’indices de performances. En tant que participants à la Coupe du monde, les pays africains passent d’indices variant entre 25 et 45, entre 1970 et 1979, à des indices allant entre 43 et 57, entre 2010 et 2019.

En tant que concurrentes pour le trophée, les indices de performances des pays africains étaient entre 23 et 56 de 1970 à 1979. Ils passent entre 39 et 62 pour la période 2010-2019. C’est dire que la compétitivité africaine au niveau mondial du football a donc augmenté.

Mais les meilleures nations du monde, ayant déjà remporté le trophée ou susceptibles de le gagner, ont fait davantage de progrès. L’indice de concurrence des meilleures nations de la Coupe du monde se situait entre 57 et 79 sur la période 1970, 1979. Sur la période 2010-2019, il est entre 67 et 90.

Autrement dit, en termes de concurrence pour remporter la Coupe du monde, les équipes africaines ont progressé, mais les meilleures nations du monde encore plus.

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Entre 1970 et 1979, l’écart entre le plus haut niveau de compétitivité africain et le plus haut niveau mondial était de 23 unités de performance (plus haut niveau mondial 79, plus haut niveau africain 56).

Entre 2010 et 2019, malgré les progrès africains, l’écart a augmenté. Il est désormais de 28 unités de performances (plus haut niveau mondial se situant 90, plus haut niveau africain 62). Autrement dit, l’Afrique fait mieux que la période 1970-1979, mais a encore moins de chances de ravir le trophée aux meilleures nations du monde qu’à cette époque.

Performances des meilleures équipes africaines en Coupe du monde entre 1970 et 1979

Pour les auteurs de l’étude, la principale raison pour laquelle la compétitivité des équipes africaines augmente n’a rien à voir avec le talent. Selon eux, la différence entre les équipes africaines et les meilleures au monde s’est faite au niveau des adversaires qu’elles ont affrontés depuis leurs débuts sur la scène internationale. Selon eux, le niveau de l’adversité rencontré par les pays africains est la principale raison de leurs échecs en Coupe du monde, relève l’étude qui conclut que les meilleures nations africaines de football se doivent d’améliorer la qualité de leurs adversaires pour développer les capacités nécessaires à une victoire en Coupe du monde.

En effet, pour remporter la Coupe du monde, il faut être capable de battre les meilleures sélections nationales de la planète. Les affronter plus régulièrement habituerait les équipes africaines de football à ce niveau d’adversité. « Certains observateurs pourraient interpréter les améliorations enregistrées au cours des dernières décennies pour déclarer que des pays comme la Côte d’Ivoire, le Ghana et le Nigeria sont sur la voie pour remporter le trophée entre 2030 et 2040. Cependant, cet argument est peu plausible quand on observe les limites de la stratégie implicite sur laquelle les pays africains semblent s’appuyer pour améliorer leur situation : la domination des adversaires intracontinentaux et la victoire dans les tournois régionaux. Cette stratégie ne suffira pas si ces pays veulent se hisser au sommet de la hiérarchie », note l’étude.

Outre le niveau d’adversité soulevé par l’étude, les chercheurs d’Harvard ont mis le doigt sur d’autres facteurs importants qui plombent le niveau des sélections nationales du continent. Il s’agit, entre autres, des infrastructures, des moyens financiers, et les formations requises pour former des footballeurs professionnels qui font souvent défaut.

 
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