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La facture de la régionalisation avancée risque d’être salée

Au  Parlement, le ministère de l’Intérieur a avancé, durant le mois de  mars dernier, une première estimation du coût de la régionalisation : dix milliards de dirhams échelonnés sur cinq ans. A quoi serviraient ces dépenses ? Sont-elles suffisantes ? Sont-elles justifiées ? La régionalisation avancée ne va-telle pas aggraver les charges de fonctionnement d’un pays qui croule déjà sous le poids d’une bureaucratie aussi lourde qu’inefficace ? par S.A.

L’une des innovations majeures du projet de Loi organique sur les régions, est d’avoir doté celles-ci d’un exécutif autonome. C’est là un changement radical par rapport à la situation actuelle. Désormais, le Président est le chef de l’exécutif régional et l’ordonnateur des dépenses. En outre, le Président  du Conseil régional aura à sa disposition une administration régionale autonome, composée d’une Direction générale des services administratifs et d’une Direction des affaires de la présidence et du Conseil. Le Conseil régional créera une agence régionale d’Exécution des projets qui disposera de la personnalité morale et de l’autonomie financière. Le Conseil peut également créer des Sociétés de développement régionales pour gérer des activités à caractères économiques.

Le risque d’inflation bureaucratique

Parmi les critiques de fond  à adresser à ce projet de Loi organique sur les régions, celle qui se rapporte  au coût financier de sa mise en œuvre doit être fortement soulignée. En prévoyant la mise en place d’un exécutif autonome avec  une administration régionale composée de Directeurs généraux, de Directeurs des affaires du Conseil, d’Agences de développement régionales et de Sociétés de Développement régionales, cet avant-projet comporte un risque majeur d’inflation bureaucratique. Et les dix milliards avancés ne suffiront certainement pas pour financer cette nouvelle administration. Dans un pays qui croule sous le poids d’une bureaucratie aussi inefficace que pléthorique, qui consomme les deux tiers du budget de l’Etat au risque d’ajouter de l’administration à l’administration. Les rares ressources budgétaires, au lieu d’aller au développement local, vont aller pour payer les salaires de cette nouvelle bureaucratie régionale. C’est en tout cas, ce qui s’est passé avec l’expérience communale qui a donné lieu à la formation d’une immense bureaucratie de plus de 200.000 fonctionnaires communaux qui absorbent près de 80% des ressources des collectivités locales et dont la plupart, surtout en milieu rural, désertent les bureaux ou ne viennent que le jour du souk. Au lieu de créer une administration régionale parallèle, il convient plutôt de s’appuyer sur celles qui existent déjà, de les regrouper en pôles : pôle économique, pôle technique, pôle  formation et éducation, pôle social. Ces pôles administratifs doivent être les piliers de l’action et du développement régional. Et au lieu de les dédoubler par des administrations régionales, des agences régionales ou des sociétés régionales, il faut plutôt les moderniser, les doter de plus de moyens et surtout les soumettre au contrôle démocratique des instances régionales élues pour les obliger à rendre des comptes. C’est pourquoi la charte sur la déconcentration devrait être adoptée avant l’adoption de la Loi organique sur les régions.

 
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