Étude

L’ordre mondial de la désinformation : 70 pays épinglés

Désinformation, fake news et manipulation de l’opinion publique sont intimement liées et connaissent leur apogée depuis l’avènement des réseaux sociaux. Ces derniers sont devenus des « armes de destruction massive » entre les mains de gouvernements ou régimes autoritaires  et partis politiques, à travers le monde, soit pour influencer leurs ressortissants, discréditer des opposants ou carrément en s’ingérant dans les affaires d’autres nations pour influer par exemple sur le processus électoral. Deux chercheurs de la prestigieuse université  britannique d’Oxford viennent de publier le fruit de trois années d’un  travail édifiant : « L’ordre mondial de la désinformation : Inventaire mondial 2019 la manipulation organisée des médias sociaux ». Décryptage.

Les auteurs de cette étude, publiée le jeudi 26 septembre courant, sont Samantha Bradshaw, grande experte en technologie et démocratie, et Philip N. Howard qui dirige l’Oxford Internet Institute et distingué « penseur de l’année 2018 ». Pour mener à bien leurs travaux, ils ont surveillé au cours des trois dernières années, l’organisation mondiale de la manipulation des médias sociaux par les gouvernements et les partis politiques et analysé les tendances de la propagande informatique, les outils, les capacités, les stratégies et les ressources. Ils sont arrivés à la conclusion que la preuve des campagnes de manipulation organisées sur les médias sociaux ont eu lieu dans 70 pays en 2019, 48 pays en 2018 et dans 28 pays en 2017, une évolution donc inquiétante.  

L’Egypte figure sur la liste des 70 pays cités dans le rapport.

Dans chaque pays, il y a au moins un parti politique ou un organisme gouvernemental utilisant les médias sociaux pour façonner les attitudes du citoyen. Ils relèvent que les médias sociaux sont devenus cooptés par de nombreux régimes autoritaires.

Dans 26 pays, la propagande informatique est utilisée comme un outil de contrôle de l’information avec trois objectifs: supprimer les droits humains fondamentaux, discréditer les opposants politiques et noyer les opinions dissidentes. Ils soulignent qu’une poignée d’acteurs étatiques sophistiqués utilisent la propagande informatique pour des opérations d’influence  ciblant des pays étrangers.

Facebook et Twitter ont attribué des opérations d’influence étrangère dans sept pays (Chine, Inde, Iran, Pakistan, Russie, Arabie saoudite, et Venezuela) qui ont utilisé ces plateformes pour influencer les audiences mondiales. Ils affirment que la Chine est devenue un acteur majeur de l’ordre mondial de la désinformation. Jusqu’aux manifestations de cette année à Hong Kong, la plupart des preuves de la propagande informatique chinoise a eu lieu sur les plateformes domestiques telles que Weibo, WeChat et QQ. Mais la Chine a récemment retrouvé intérêt à utiliser agressivement Facebook, Twitter et YouTube.

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L’étude note enfin que  malgré la multiplication des réseaux sociaux, plus  que jamais, Facebook reste la plateforme de choix pour la manipulation des médias sociaux. 56 pays y ont eu recours. Sur la liste des 70 pays cités dans le rapport, on trouve  côté monde arabe, le Bahreïn, l’Egypte, les Emirats arabes–unis, le Qatar, l’Arabie saoudite, le Soudan, la Syrie et la Tunisie. L’Algérie et le Maroc sont absents. Néanmoins, le royaume n’a pas échappé à cette vague mondiale de manipulation de l’opinion publique. Faut-il rappeler qu’en 2018 une large campagne de désinformation sur les réseaux sociaux, principalement Facebook, a eu un grand impact sur trois marques, notamment Sidi Ali, Danone et les stations Afriquia.

Parmi les autres pays épinglés, figurent la Russie, les Etats-Unis, Israël, la Grande Bretagne, la Turquie, l’Iran, les deux Corées ou encore l’Afrique du Sud.

Stratégies, outils et techniques

Les cyber-troupes se servent de faux comptes pour répandre de la propagande informatique. Les auteurs ont suivi, au cours de ces trois années, la prévalence de trois types de faux comptes: bot, humain et cyborg. Les robots sont des comptes hautement automatisés conçus pour imiter le comportement humain en ligne. Ils sont souvent utilisés pour amplifier les récits ou couvrir la dissidence politique. Les deux chercheurs ont trouvé des preuves que des comptes bots sont utilisés dans 50 des 70 pays cités dans l’étude. Cependant, encore plus communs que les bots sont les comptes gérés par des humains, qui ne font pas usage de l’automatisation. Au lieu de cela, ils s’engagent dans des  conversations en postant des commentaires ou des tweets, ou par messagerie privée individuelle, via les plateformes de médias sociaux. Des comptes à fonctionnement humain ont été trouvés dans 60 des 70 pays du rapport de cette année. Comptes Cyborg, qui associent l’automatisation avec la curation humaine, sont un autre type de compte  identifiés. Cette année, ils ont ajouté à leur typologie des faux comptes, des comptes  piratés ou volés. Ils soulignent que bien que ces comptes ne soient pas «Faux» en soi, les comptes de haut niveau sont utilisés de manière stratégique par des cyber-troupes pour diffuser de la propagande en faveur d’un gouvernement ou censurer la liberté d’expression en révoquant l’accès au compte par son propriétaire légitime.

 
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